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Alimentation et santé du nourrisson et du jeune enfant

J’ai écrit cet article en citant différentes sources, notamment le rapport  de l’UNICEF sur l’Alimentation du Nourrisson et du Jeune Enfant (ANJE) de 2012.

Il m’a paru particulièrement intéressant que, de façon assez exceptionnelle, certaines données soient exprimées en augmentation du risque lié au non allaitement et non pas en diminution du risque lié à l’allaitement. Ce retour à la norme biologique est suffisamment rare pour être signalé.

 

Source : http://www.unicef.org/nutrition/files/Guide_de_programmation_en_ANJE_2012_final.pdf

ANJE et son rôle dans la Survie, la Croissance et le Développement de l’Enfant

 

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De toutes les interventions de prévention en santé et nutrition qui ont fait leur preuve, l’ANJE à elle seule a le plus grand potentiel d’impact sur la survie de l’enfant. Par conséquent, la réduction de la mortalité infantile ne peut être atteinte que lorsque la nutrition durant la petite enfance et l’ANJE spécifiquement sont deux grandes priorités dans les politiques et stratégies nationales. La série d’articles du Lancet sur la Survie de l’Enfant 2003 a classé les 15 meilleures interventions préventives sur la survie de l’enfant pour leur efficacité dans la prévention de la mortalité chez les moins de cinq ans. L’allaitement maternel exclusif jusqu’à l’âge de six mois et l’allaitement jusqu’à 12 mois étaient en première position, et l’alimentation de complément à partir de six mois arrivait en troisième position. On a estimé que ces deux interventions à elles seules peuvent prévenir près d’un cinquième de la mortalité chez les enfants de moins de cinq ans (Figure 1).

 

Figure 1: Pourcentage des décès d’enfants qui pourraient être évitées avec une couverture de 99% des interventions préventives

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La série Lancet 2008 sur la nutrition a également renforcé l’importance de l’ANJE optimale sur la survie des enfants. Il a été estimé que l’ANJE optimale et l’allaitement maternel exclusif en particulier, pouvait potentiellement prévenir 1,4 million de décès chaque année chez les enfants de moins de cinq ans (sur environ 10 millions de décès annuels). Selon la série Nutrition, plus d’un tiers de la mortalité infanto-juvénile est causé par la malnutrition, les mauvaises pratiques d’allaitement et une alimentation de complément inadéquate jouant un rôle majeur. Il existe un niveau de preuve croissant en faveur de l’impact de l’initiation précoce de l’allaitement sur la mortalité néonatale. Une étude réalisée en 2006 dans les régions rurales du Ghana a montré que l’initiation de l’allaitement dans les premières heures qui suivent la naissance pourrait prévenir 22% des décès néonataux et l’initiation durant la première journée, 16% des décès, tandis qu’une étude réalisée au Népal a révélé qu’environ 19,1% et 7,7% de tous les décès néonataux pourraient être évités avec l’initiation de l’allaitement maternel universel dans la première heure et le premier jour de vie respectivement. L’allaitement maternel, en particulier l’allaitement exclusif pendant les six premiers mois de vie, a un effet significatif sur la réduction de la mortalité grâce à son effet sur les deux plus grandes causes de la mortalité infantile: la diarrhée et la pneumonie (Figure 2), ainsi que sur la mortalité, toutes causes confondues.

 

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Figure 2 : Risque relatif d’infections et de décès chez les enfants de 0 à 5 mois non allaités / allaités exclusivement.

Encadré 1: Résumé de la justification scientifique des bienfaits de l’allaitement

Le lait maternel ne peut être reproduit par aucun moyen artificiel. Unique dans sa composition et sa fonction, le lait maternel :

  • Contient des nutriments en quantités équilibrées que l’enfant peut facilement digérer, ainsi que des enzymes digestives.
  • Change au fil du temps, et même au cours d’une journée, pour répondre aux besoins changeants de l’enfant qui grandit.
  • Contient des substances essentielles pour le développement optimal du cerveau de l’enfant, avec des effets sur les fonctions à la fois cognitives et visuelles.
  • Fournit des facteurs de croissance qui se combinent pour favoriser la maturation de l’intestin du nourrisson.
  • Fournit au nourrisson des facteurs immunitaires conçus pour lutter contre les maladies spécifiques à l’environnement de la mère et du nourrisson.
  • Contient des composantes qui sont découverts régulièrement comme les oligosaccharides (sucres), qui favorisent le développement de la microflore intestinale normale, recouvrant la paroi de l’intestin du bébé et le protégeant.
  • Est particulièrement bénéfique pour le nouveau-né prématuré ; Le lait maternel contient des concentrations plus élevées d’immunoglobulines, d’autres facteurs anti-infectieux tels que le lysozyme, la lactoferrine et l’interféron, et des composantes anti-inflammatoires et immunomodulatrices, fournissant ainsi une certaine protection contre les infections à ces nouveau-nés vulnérables.

Le lait maternel frais ou pasteurisé aide à réduire les taux d’infections.

L’allaitement exclusif jusqu’à 6 mois apporte tous les nutriments nécessaires au nourrisson. Les études démontrent de manière constante que les interventions de santé publique visant à améliorer l’allaitement maternel sont essentielles pour la survie de l’enfant  :

  • Une étude menée en 2006 dans les régions rurales du Ghana a montré que l’initiation précoce de l’allaitement maternel dans les premières heures de la vie pourrait prévenir 22% des décès néonataux, et l’initiation le premier jour de vie, 16% des décès, tandis qu’une étude réalisée au Népal a montré qu’environ 19,1% et 7,7% de tous les décès néonataux pourraient être prévenus avec l’initiation de l’allaitement respectivement dans la première heure et le premier jour de vie de façon universelle.
  • Une étude menée en Inde a montré que la mortalité néonatale et post-néonatale était environ 5-6 fois plus faible chez les nourrissons qui avaient reçu le colostrum par rapport à ceux qui ne l’avaient pas reçu.
  • L’allaitement maternel exclusif jusqu’à l’âge de six mois et l’allaitement maternel jusqu’à 12 mois a le plus gros potentiel d’impact sur la réduction de la mortalité infantile selon la série du Lancet sur la Survie de l’enfant, tandis que l’alimentation de complément à partir de six mois avec continuation de l’allaitement a été classée # 3. D’après les estimations, ces deux interventions à elles seules peuvent prévenir près d’un cinquième de la mortalité chez les enfants de moins de cinq ans dans les pays en voie de développement.

 

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La série du Lancet sur la Nutrition 2008 a également renforcé l’importance de l’ANJE optimale sur la survie des enfants.

  • Le plus grand impact est considéré en termes de réduction de la morbidité et la mortalité par la diarrhée, et la pneumonie. L’allaitement a un effet protecteur sur Haemophilus B, l’un des agents responsables d’infections respiratoires.
  • Il y a une réduction de l’incidence de l’entérocolite nécrosante, des infections des voies urinaires, de la septicémie de l’asthme et de la méningite chez les nourrissons allaités.
  • Les enfants non allaités ont un risque 250% plus élevé d’être hospitalisés pour la pneumonie ou l’asthme.
  • Le lait maternel offre une protection contre les otites : Les enfants non allaités ont un risque 60% plus élevé d’otites récurrentes.
  • Les enfants allaités ont un risque moins élevé de développer les deux maladies inflammatoires de l’intestin les plus courantes (maladie de Crohn, colite ulcéreuse, et maladie cœliaque)
  • L’allaitement facilite le bon développement de la mâchoire, des dents et du langage et les enfants allaités ont moins de caries dentaires.
  • Les bénéfices de la continuation de l’allaitement maternel jusqu’à 12-23 mois incluent notamment une protection continue contre les infections, en particulier contre la diarrhée et les infections respiratoires.
  • L’allaitement maternel aide à prévenir le retard de croissance, en particulier car elle réduit le risque de maladies.
  • L’allaitement maternel exclusif de 0 à 6 mois a des bénéfices additionnels, et est associé à une diminution de la morbidité: L’incidence des maladies infectieuses est réduite par l’allaitement maternel exclusif, au-delà de l’impact de l’allaitement à lui seul.
  • Les nourrissons allaités exclusivement sont 3-4 fois moins susceptibles de contracter l’infection par le VIH par le lait maternel d’une mère VIH-positive par rapport aux nourrissons exposés au VIH dans les 6 premiers mois recevant une alimentation mixte. Les enfants allaités sont en meilleure santé que les enfants non allaités dans tous les contextes, y compris dans les pays industrialisés
  • De nombreuses évidences en faveur des bénéfices de l’allaitement maternel dans les pays industrialisés ont été compilées. Cette compilation montre, par exemple, une diminution de 72% du risque d’infection des voies respiratoires inférieures, une diminution de 64% du risque d’infection gastro intestinale, une diminution de 50% du risque d’otite moyenne, une diminution de 42% du risque de l’asthme, une diminution de 39% du risque de diabète de type II et de 19-27% pour les type I, et une diminution de 27% du risque d’obésité.
  • Une étude de la mortalité post-néonatale aux États-Unis a trouvé une diminution de 21% du risque de mortalité chez les nourrissons allaités.
  • Les études dans les pays industrialisés confirment les bénéfices de l’allaitement sur la survie en prévenant les décès dus à la mort subite du nourrisson (MSDN)].
  • L’allaitement maternel diminue le risque de développer certains cancers chez l’enfant, comme la leucémie, avec une diminution du risque de 30% s’il a été allaité pendant 6 mois, et les lymphomes.

 

 

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Encadré 2: Bénéfices de l’allaitement pour les mères

 

  • Les femmes qui ont allaité sont moins susceptibles de développer un cancer de l’ovaire et un cancer du sein en pré ménopause. L’augmentation du risque lié au non allaitement est de 39% pour le cancer du sein chez la mère et 26% pour le cancer de l’ovaire. Plus une femme allaite pendant longtemps plus les bénéfices augmentent.
  • L’allaitement maternel réduit l’ostéoporose.
  • Les mères qui allaitent jouissent d’une récupération plus rapide après l’accouchement, avec une expulsion plus rapide du placenta et un risque réduit de saignement post-partum.
  • L’allaitement maternel aide à diminuer les besoins en insuline chez les mères diabétiques, et l’allaitement diminue de 14% le risque de développer le diabète type II chez la mère.
  • Les mères qui allaitent sont plus susceptibles de retrouver leur poids d’avant grossesse que les mères qui nourrissent artificiellement leurs bébé.
  • L’allaitement maternel exclusif pendant les 6 premiers mois, en l’absence de règles, est efficace à 98 pour cent pour prévenir une nouvelle grossesse. Le retour retardé du cycle menstruel de 20 à 30 semaines peut également réduire le risque d’anémie.
  • On rapporte que les mères qui allaitent sont plus confiantes, calmes et moins anxieuses que les mères qui nourrissent artificiellement leurs bébés. L’allaitement maternel contribue à un sentiment d’attachement entre une mère et son enfant.

 

Je conclus cet article avec une carte parue dans un article du Monde paru en janvier 2016 et se basant sur les données des études Breastfeeding Series du Lancet :

 

Pourcentage d’enfants recevant du lait maternel, quelle que soit la dose, à 1 an.

 

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Ce tableau général recouvre bien sûr de fortes disparités. Au sein des pays riches, le taux d’allaitement maternel des enfants d’un an est le plus faible au Royaume-Uni (0,5 %), en Irlande(2 %) et au Danemark (3 %), très en-deçà des scores du Japon (60 %), de la Norvège (35 %), de la Finlande (34 %), des Etats-Unis (27 %), de l’Espagne (23 %) ou de l’Allemagne (23 %). En France, ce pourcentage n’est que de 9 % et une précédente étude, parue en septembre 2015, le situait même autour de 5 %.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/01/29/generaliser-l-allaitement-maternel-sauverait-plus-de-800-000-enfants-par-an-dans-le-monde_4855668_3244.html#2o7ZO2OPzvUmOw51.99

 

 

Posted on: 16 septembre 2016, by : aclecoeuvre