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Des seins qui se cannibalisent lorsque l’allaitement se termine

 

Une information récente et surprenante sur la vie du sein après l’allaitement

Etude publiée le 29/09/2016

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Par Linda Geddes

Traduction : Anne-Cécile Lecoeuvre

Quand une femme arrête d’allaiter, ses seins passent de l’état d’usine de fabrication de lait à temps plein à des appendices banals en quelques jours. Aujourd’hui, un interrupteur moléculaire a été identifié qui contrôle leur transformation de sécréteurs de lait en mangeurs cellulaires qui engloutissent leurs voisins mourants. La découverte pourrait fournir de nouvelles perspectives sur ce qui se passe dans le cancer du sein.

Les seins des femmes se composent d’un réseau de canaux lactifères recouverts par une couche de tissu adipeux. Pendant la grossesse, les signaux hormonaux induisent une prolifération des cellules épithéliales qui tapissent les canaux pour former des structures semblables à des balles appelés alvéoles, où le lait est fabriqué à la naissance du bébé. Cependant, une fois que les femmes cessent d’allaiter, ces structures s’auto-détruisent – un processus qui implique un suicide cellulaire massif, et l’élimination des débris.

Voici le mystère: les cellules immunitaires du corps éliminent habituellement les cellules mortes et mourantes par un processus appelé phagocytose, mais la quantité de matière qui est impliqué dans ce cas est si important que l’on peut s’attendre à une inflammation importante, des douleurs et des lésions tissulaires – chose qui ne se produit généralement pas lorsque l’allaitement cesse.

« L’un des aspects les moins bien compris de ce processus est de savoir comment le lait excédentaire et un grand nombre de cellules mortes sont supprimés de la glande mammaire sans activation importante du système immunitaire», dit Matthew Naylor, un biologiste spécialiste du cancer à l’Université de Sydney en Australie .

Après l’allaitement, il semble que les cellules épithéliales mangent leurs voisines mortes. Puisqu’une protéine appelée Rac1 est essentielle pour la production normale de lait, ainsi que pour la phagocytose des cellules immunitaires, Nasreen Akhtar à l’Université de Sheffield et ses collègues se sont demandé si elle pourrait également être impliquée dans ce remodelage du sein.

La régénération du sein

Pour l’étudier, Akhtar a supprimé le gène de Rac1 chez des souris femelles ; leur première portée a survécu, mais les souriceaux étaient plus petits que la normale – probablement parce que le lait qu’ils ont reçu contenait moins de matières grasses et de protéines que la normale. Cependant, les portées suivantes sont mortes. D’autres expériences ont révélé que, en l’absence de Rac1, les cellules mortes et le lait ont littéralement inondé les seins, provoquant un gonflement et un état d’inflammation chroniques, qui ont porté atteinte à la capacité des souris à régénérer leurs tissus et produire du lait lors des grossesses ultérieures.

« La glande mammaire a une énorme quantité de choses dont elle doit se débarrasser rapidement après l’allaitement, mais si ce sont seulement les cellules immunitaires qui prennent en charge les cellules mortes, il y a toujours une inflammation chronique et des lésions tissulaires, » dit Charles Streuli, qui a supervisé l’étude. «Le travail de Akhtar montre pour la première fois que Rac1 est cruciale pour l’activité phagocytaire, et que la clairance des débris cellulaires et du lait après l’arrêt de la lactation est essentielle pour la fonction des tissus à long terme. »

Outre le déclenchement de la phagocytose, Rac1 semble aussi garder les cellules mourantes attachés aux alvéoles plus longtemps, peut-être pour encourager leurs voisines à les engloutir plutôt que de les laisser aux cellules immunitaires des canaux lactifères. « Cela garde les phagocytes inflammatoires à distance, en laissant les cellules épithéliales faire le travail de nettoyage elles-mêmes», ajoute Streuli.

Cela ne veut pas dire que les cellules immunitaires ne jouent aucun rôle, dit Christine Watson, qui étudie également la biologie des cellules du sein à l’Université de Cambridge. « Dans la phase initiale, les cellules épithéliales agissent comme des phagocytes non-professionnels pour évacuer les protéines et des acides gras du lait. Cependant, après environ trois jours chez la souris, les macrophages (et d’autres phagocytes professionnels) entrent dans la glande et déblayent les cellules et les débris restants. »Elle ajoute que plus de travail est nécessaire pour prouver qu’une inflammation se produit en l’absence de ce processus.

Les résultats pourraient avoir des conséquences pour la compréhension du développement et de la progression du cancer du sein. Bien que l’allaitement prolongé réduit le risque global de cancer, les femmes ont un risque accru de développer un cancer du sein lors des 5 à 10 ans qui suivent une grossesse, et ces cancers ont tendance à être plus agressifs. Une théorie est que l’inflammation au cours de cette période de remodelage après le sevrage peut faire flamber la croissance du cancer.

« Compte tenu de ce nouveau rôle pour Rac1 dans l’élimination des cellules excédentaires ou mortes, la suppression de l’inflammation identifiée par la présente étude induit un rôle potentiel de Rac1 dans le cancer du sein qui est encore à explorer», dit Naylor.

Référence du Journal: Developmental Cell, DOI: 10.1016 / j.devcel.2016.08.005

Posted on: 4 octobre 2016, by : aclecoeuvre