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Vitamine D chez la femme allaitante


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Vitamine D chez la femme allaitante

Robert P. Heaney, M.D.

5 Juin 2014

 

Cet article a été traduit librement, vous pouvez trouver sa version originale ici .

 

Tout le monde semble convenir que la vitamine D est importante tout au long de la vie. Cela est certainement tout aussi vrai dans la première année de la vie que plus tard. Car au cours de la première année, en plus de son rôle dans le métabolisme du calcium, ce nutriment essentiel réduit à la fois le risque d’infections lors de cette période et le développement plus tard dans la vie de maladies auto-immunes comme la sclérose en plaques et le diabète de type 1. L’Institute of Medicine (IOM) et l’American Academy of Pediatrics (AAP) conviennent que l’apport en vitamine D durant la première année de vie devrait être de 400 UI / j. Ma propre estimation des besoins (quel que soit l’âge) est de 65-75 UI / kg de poids corporel par jour. Pour un nourrisson de poids corporel moyen au cours de la première année de vie cette règle de base nous situe quelque part entre 300 et 500 UI / j pour les nourrissons. Donc,en mettant de côté l’apport optimal pour les adultes, il n’y a vraiment pas de désaccord au sujet de la dose nécessaire pour les nourrissons, que ce soit d’après les diverses sources faisant autorité ou bien découlant de différentes approches expérimentales. En ce qui concerne les nourrissons, un apport de 400 UI / j semble être à peu près correct.

La question est, quelles sont les sources de vitamine D pour le nourrisson ? Le lait humain, chez la plupart des mères allaitantes, contient très peu de vitamine D. Les préparations pour nourrissons, de divers fabricants, contiennent tous de la vitamine D ajoutée en quantités calculées pour être suffisantes pour répondre aux besoins d’un nourrisson. Mais des études approfondies sur la première année de vie révèlent que moins d’un cinquième des bébés n’obtiennent pas l’apport recommandé de 400 UI / j quelle que soit le mode d’alimentation, et moins d’un nourrisson allaité sur 10. En conséquence, le AAP (Association Américaine de Pédiatrie) insiste pour que tous les enfants,qu’ils soient allaités ou non, reçoivent leurs 400 UI / j sous forme de gouttes pédiatriques. Malheureusement, cette recommandation, bien que justifiée, n’est pas souvent suivie. La plupart des bébés ne reçoivent pas la vitamine D dont ils ont besoin. Les conséquences à long terme de ce manque pourraient être énormes.

Il peut sembler étrange que, d’une part, nous soulignons que le lait maternel est la meilleure source de nourriture pour nos bébés, et que de l’autre on semble ignorer le fait que le lait maternel ne contient pas la vitamine D dont les bébés ont besoin. L’explication, toute simple, est que cette contradiction est artificielle. Les mères qui allaitent ont si peu de vitamine D dans leur propre corps qu’il n’en reste pas ou plus à mettre dans leur lait. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Nous savons que les concentrations sanguines de vitamine D que l’on retrouve aujourd’hui dans les populations africaines vivant selon un mode de vie ancestral sont suffisamment élevées pour que le lait maternel contienne toute la vitamine D répondant aux besoins du nourrisson. Mais la majeure partie de la population mondiale d’aujourd’hui ne vit pas dans les plaines équatoriales élevées d’Afrique de l’Est, et n’expose pas une grande partie de sa peau la majeure partie de la journée.

Heureusement, il n’est pas nécessaire de revenir en Afrique orientale. Il se trouve que si nous donnons aux mères allaitantes suffisamment de vitamine D pour élever leur taux sanguin jusqu’au niveau ancestral probable, elles fourniront automatiquement à leurs bébés toute de la vitamine D dont ils ont besoin dans leur propre lait, assurant ainsi à l’enfant d’obtenir un apport total sans qu’il soit nécessaire de recourir à des gouttes de vitamine D.

De combien de vitamine D  la mère a-t-elle besoin pour en avoir une quantité suffisante dans son lait ? Comme avec beaucoup d’autres paramètres liés à la vitamine D, il y a beaucoup de variations individuelles, mais il semble que la dose journalière doit se trouver dans une fourchette de 5000 à 6000 IUs. Sans surprise, c’est à peu près la quantité nécessaire pour reproduire les niveaux sanguins de vitamine D retrouvés chez les personnes vivant des modes de vie ancestraux aujourd’hui. Bien que 5000-6000 UI peut sembler une valeur élevée, il est important de se rappeler combien le soleil en produit pour nous. Seulement 15 minutes d’exposition du corps entier au soleil à la mi-journée en été produisent plus de 10.000 UI.

Il y a une condition importante pour les mères allaitantes concernant l’apport nécessaire. Les mères qui vivent en Amérique du Nord et doivent compter sur les suppléments devraient prendre leurs suppléments tous les jours. Alors que pour d’autres buts il est possible de prendre de la vitamine D de façon intermittente (par exemple, une fois par semaine), cela ne fonctionne pas pour apporter la vitamine D dans le lait humain. La durée de vie de la vitamine D dans le sang est si brève que si la mère cesse de prendre son supplément de vitamine D pendant un jour ou deux, le taux de vitamine D dans son lait sera faible (voire inexistant) les jours où elle ne la prend pas.

Il y a ici une différence flagrante entre ces faits physiologiques bien attestés et la recommandation officielle de l’IOM (Institut de Médecine) pour les mères allaitantes, qui est de seulement 400 UI / j – le même apport pour elles que ce que l’IOM recommande pour leur bébé (dont le poids corporel est inférieur à 10% de leur propre poids). L’IOM, s’il devait être explicite sur ses recommandations actuelles, dirait aux mères allaitantes quelque chose comme ceci:

«D’après les preuves que nous avons rassemblées, votre corps a besoin de seulement 400 UI de vitamine D chaque jour. Malheureusement, cela ne vous permettra pas de produire toute la vitamine D nécessaire dans votre lait maternel. Désolé pour ça . . . Donc, si vous voulez vous assurer que votre bébé soit bien nourri, vous allez devoir recourir à gouttes de vitamine D à donner votre bébé».

Ce serait un message difficile à vendre, et clairement, il n’a guère de sens. Comme je l’ai déjà noté, les femmes vivant des modes de vie ancestraux (qu’elles soient ou non allaitantes) ont des niveaux sanguins beaucoup plus élevés de vitamine D que les Américains urbains contemporains. La production de lait (et sa composition optimale) ne sont que deux des nombreuses fonctions que la vitamine D assure chez un adulte en bonne santé. L’exemple de l’allaitement est pas un cas particulier ; c’est juste un des nombreux éléments de preuve qui pointent le fait que les recommandations actuelles au sujet de la vitamine D pour les adultes sont trop faibles – bien trop faibles.

Les suppléments de vitamine D – et dans ce cas les gouttes de vitamine D  – sont littéralement des bouées de sauvetage pour les enfants d’aujourd’hui. Mais qu’en est-il des deux ou trois générations précédentes – avant que les suppléments nutritionnels existent, mais longtemps après la migration hors d’Afrique ? Il y a quatre-vingt-dix ans, la vitamine D n’avait pas encore été découverte, et il n’y avait certainement pas de suppléments de vitamine D qui auraient pu être utilisés. Comment avons-nous fait pendant ces milliers d’années ? Il y a deux réponses. La plupart d’entre nous, vivant sous les latitudes tempérées, avait une exposition au soleil bien plus importante qu’aujourd’hui, et bien sûr il n’y avait pas de crèmes solaires, donc pas de blocage du rayonnement solaire qui produit la vitamine D dans notre peau. Ceux d’entre nous qui vivent dans les latitudes plus septentrionales ont survécu principalement grâce à des régimes alimentaires très riches en fruits de mer, qui sont naturellement une source importante de vitamine D. Et ceux d’entre nous qui n’obtenainet pas de vitamine D ni par l’un ni par l’autre moyen étaient à risque élevé d’une foule de troubles liés à la carence en vitamine D,  le rachitisme étant le plus évidente et le plus facile à reconnaître.

Les déformations osseuses du rachitisme étaient communes il y a un siècle en Europe, en Amérique du Nord et dans l’est de l’Asie, et ont été largement éradiquées chez les enfants grâce à l’utilisation de l’huile de foie de morue et, aux États-Unis, par l’introduction d’enrichissement des laits en vitamine D dans les années 1930. Heureusement,  les enfants en période de croissance peuvent réparer certaines des déformations osseuses du rachitisme si on leur donne la vitamine D assez tôt. Mais le traitement du rachitisme, bien que ce soit une bonne chose à faire, ne suffit pas. Il est trop tard au moment où l’on voit apparaître les déformations du rachitisme pour assurer une protection maximale contre les maladies auto-immunes (par exemple), pour lesquelles la sensibilité est principalement déterminée durant la première année de vie.

Pour résumer, nous connaissons mieux aujourd’hui l’importance de la vitamine D en début de vie. Il existe de plus, comme indiqué plus haut, un très bon consensus sur les besoins du nourrisson. Là où le consensus manque est sur la façon de s’assurer que tous nos bébés en obtiennent la quantité dont ils ont besoin. Pourquoi ne pas simplement se borner à donner des gouttes de vitamine D aux nourrissons , comme l’AAP le recommande ? Pour deux raisons: 1) Cela a été tenté et a échoué; et, 2) Quand cela fonctionne individuellement pour un nourrisson donné, cela ne fournit aucun avantage pour la mère. En revanche, assurer un apport suffisant de vitamine D à la mère pendant la grossesse et l’allaitement est presque certainement la meilleure façon de répondre aux besoins des individus.

Un apport «adéquat» pour les mères allaitantes, comme indiqué plus haut, n’est pas de 400 UI / j comme l’IOM le recommande, mais plutôt dans une fourchette de 5000-6000 UI / j, pris quotidiennement. Si les mères se supplémentent à ces doses, elles pourront non seulement répondre à leurs propres besoins, mais aussi à celui de leur enfant. Et elles auront la satisfaction de savoir qu’elles comblent tous les besoins de leur bébé, de façon naturelle.

Liens pour aller plus loin:

  1. Perrine CG, Sharma AJ, Jefferds MED, Serdula MK, Scanlon KS. Adherence to vitamin D recommendations among US infants. Pediatrics 2010;125:627-632.
  2. Hollis BW, Wagner CL. The role of the parent compound vitamin D with respect to metabolism and function: why clinical dose intervals can affect clinical outcomes. J Clin Endocrinol Metab 2013;98:4619-4628.
  3. Luxwolda MF, Kuipers RS, Kema IP, van der Veer E, Dijck-Brouwer DAJ, Muskiet FAJ. Vitamin D status indicators in indigenous populations in East Africa. Eur J Nutr2013;52:1115-1125.
Posted on: 15 août 2016, by : aclecoeuvre

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